Un matin d’avril

J’ouvre les yeux dans le noir total. Panique. Où suis-je ? Je tâtonne autour de moi, tente de reconnecter mes 2-3 neurones, chercher un mur, un interrupteur. Je ne trouve rien, mon cerveau engourdi m’envoie une vision hallucinatoire d’une pièce immense, inconnue. Calme-toi. Respire, réfléchis logiquement, où es-tu ? Quelques secondes plus tard, mieux réveillée, je me souviens et trouve enfin l’interrupteur. J’ai beau savoir où je me trouve, la lumière me réconforte et donne du corps à ce nouveau paysage.

Je suis dans ce que l’on pourrait appeler « ma chambre ». Après avoir dormi plus de 18 mois sans obscurité totale, crécher depuis 2 mois dans un nouvel endroit chaque jour, je n’ai pas encore intégré mon retour à « la normalité ». Il manque des bouts à mon quotidien, à mes nuits, des bouts d’Antarctique : les cris des manchots, les assauts du vent sur les murs, la lumière du soleil de minuit filtrant par les stores… et des bouts d’Australie : la lumière bleue-verte à l’intérieur de la tente, la sensation du petit caillou qui vient toujours se loger dans le bas du dos qui qu’on y fasse, le chant des oiseaux au réveil.

Pas étonnant que je me sente un peu perdue, ce matin d’avril, lorsque j’ouvre les yeux au lendemain de ma première nuit métropolitaine, dans une maison que je n’ai jamais connue.

Il n’est que 7h et j’en déduis que le décalage horaire n’a pas tellement de prise sur moi, pas plus que la fatigue de 48 heures de voyage sans dormir ou presque. Incapable de dormir plus longtemps j’enfile un jean, descend l’escalier sans bruits, trouve une clef dans l’universel bol-à-merdier qui trône sur une étagère de l’entrée et me faufile hors de la maison.

L’air est frais.

L’air est très, très frais.

J’ai les doigts de pieds qui gèlent. Je mets du temps à m’en apercevoir, perdue que je suis dans mes pensées et dans mes sensations de nouveauté mêlé de retour aux sources. Pourtant lorsque je croise un panneau municipal m’indiquant qu’il fait 5°C, je baisse les yeux et comprend l’erreur : je suis en tongs.

Deux mois d’Australie ont réussi à me faire oublier les charentaises et les bottes canadiennes. Je pense à tous ces gens qui vont bientôt me dire « tu dois avoir chaud ici ! » et à leur surprise quand ils s’apercevront que je suis toujours aussi frileuse. Pire, je reviens des tropiques.

Je tourne en rond dans le quartier jusqu’à trouver une boulangerie ouverte et fais une deuxième découverte (la première c’était que les tongs ne sont pas adaptées au mois d’Avril en France) lorsque la boulangère me demande « vos croissants, au beurre ou nature ? ». Je suis tellement surprise que je lui réponds stupidement « ben, des croissants normaux ». Merci à elle de m’avoir compris. Je la soupçonne, en bonne boulangère, de ne faire des croissants sans beurre que par dépit et pour ne pas discriminer les cholestérolémiques (j’invente des mots si je veux).

Et ce n’est que le début de mes questions dites « du retour » tandis que je me ré-immerge dans ma ville natale.

Aussi absurdes soient-il, les croissants sans beurre existaient-ils déjà AVANT ?

Cette rue était-elle en sens unique AVANT ?

Y avait-il autant de 4*4 en ville AVANT ?

On en était à l’I-phone 1 ou 2 AVANT ?

Combien y’avait-il de parfum de Danette AVANT ? (aujourd’hui il y’en a 28, je l’ai vu à la télé cette semaine, c’est tout à fait effrayant)

Et il y’a aussi les certitudes qui vous font vous exclamer comme des mamies en plein commérage devant la porte de leur maison, mais au lieu de dire « y’a plus de saison ma bonne dame » ou « de mon temps les jeunes ils s’habillaient correctement », c’est plutôt :

Les téléphones n’avaient pas tous l’air de télé AVANT !

Le cinéma et les tickets de bus n’étaient pas aussi cher AVANT !

Il y’avait un bon petit bar sympa ici AVANT !

Ou pire…

Au moins à DDU ont risquait pas marcher dans une crotte de chien !

*cette récrimination-là est très malhonnête compte-tenu du fait qu’à DDU on passe son temps à marcher dans la merde de manchot.

Au moins à DDU on n’avait pas à passer 3 heures devant un rayon entier de yaourts pour choisir son dessert !

Au moins à DDU on était pas emmerder par les embouteillages !

Au moins à DDU les gens étaient polis et avaient le temps !

Et puis il y a les situations qui me paraissent tellement étranges, sortie de mon trou de glace :

Un homme à la poste (haaa la poste, j’avais presque oublié cet état autonome en guerre permanente) passe devant tout le monde et me demande si j’ai une « carte pro ». Sourire contrit devant ma négation il m’annonce « Ah ! Je vais être obligé de vous passer devant dans ce cas ». Et bien si c’est une obligation alors… et je suis prise d’un fou rire qui me vaut quelques coups d’œil perplexes.

Je vous passe les autres anecdotes, elles sont au moins aussi ininteressantes.

Enfin voici le top 3 des questions que l’on m’a posé :

-          As-tu vu le changement climatique de tes propres yeux ?

-          N’as-tu pas eu trop froid ?

-          Comment faisiez-vous pour manger ?

Allez je suis sympa, je vous donne les réponses : non, non et avec une fourchette.

Et enfin, non il n’y a toujours pas d’ours polaire au pôle Sud, pas plus que de coiffeur.

Bien sûr il y’a surtout du positif dans ce retour. Par exemple j’ai eu l’impression de redécouvrir ma ville, Nantes, la tête en l’air à regarder les bâtiments, marcher dans les rues, comme si je ne la connaissais pas. Je ne l’avais sans doute jamais regardé de cet œil-là. Mais au-delà du matériel, c’est le contact avec les gens que je retrouve, l’amour de ma famille, les mails et les « messages facebook » (pas facile de s’y remettre) des copains, les week-ends qui se chargent à vitesse grand V, mon agenda va déborder ! J’exagère car j’ai passé des jours très tranquilles à savourer le fait de n’avoir rien de spécial à faire. Je reprends goût aux balades en ville, déjeuner avec un ami, faire du shopping (moi qui n’avait rien d’une consommatrice compulsive, j’ai constaté un recul temporaire de mon allergie au shopping les premières semaines, pas d’inquiétude c’est éphémère), prendre le train ou un covoiturage pour partir en week-end à plus de 10km de la maison, conduire (c’est toujours aussi naze, je m’en passais tellement bien), étendre son linge dans le jardin…

J’apprécie de ne plus trier le composite, l’alu et le métal même si je fais chier tout le monde avec mon tri de papier. J’apprécie aussi de ne pas avoir à m’habiller de 5 couches de vêtements pour sortir.

Je regrette l’horizon. Je l’ai regretté déjà en Australie mais nous marchions à la recherche des points de vue, en hauteur ou en bord de mer, je n’y pensais pas trop. Ici, en ville, je n’ai plus d’horizon.

Voilà, bien que ce mot n’ai aucun sens réel, c’est bien un retour à la « normalité », une autre normalité diront nous, une normalité circonstancielle. Contradictoire ? Peu importe. DDU était devenu ma normalité, et en voilà une autre.

Et puis au final c’est la normalité, la vie, le quotidien que j’ai toujours connu. Quelques jours passé je m’y sens déjà comme chez moi, rien n’a vraiment changé si ce n’est peut-être moi, un peu ? Extraordinaire capacité d’adaptation de l’être humain qui après une semaine passée au milieu des manchots et entouré de glace se sent chez lui. C’est pareil pour les voitures et le béton. Je crois bien que le mal général de la planète Terre est lié à cette facilité que l’on a à se trouver chez soi partout, à trouver tout « normal » très vite, à ne se sentir déstabilisé que le temps de mettre un nom sur deux ou trois trucs et de se les approprier. Mais se sentir chez soi n’implique pas forcément l’indifférence. Loin de là, tout en trouvant « normal » ce qui nous entoure, on a le droit de s’en émerveiller tous les jours, ce n’est pas incompatible, bien évidement cette dernière phrase est rendu évidente par le fait qu’au fond le mot « normal » n’a aucun sens ! C’était facile. Bref Je continue, ici, là-bas, ailleurs, je continuerai à m’émerveiller.

Qui a dit que les manchots ne savaient pas s’adapter ?

Cet article sera la dernière mise-à-jour de Gérard, son épilogue.

Il est temps pour moi de remercier de tout coeur tous les lecteurs de ce blog, incroyablement nombreux, encore plus nombreux que je ne l’aurais cru avant de croiser sans cesse des gens que je connais à peine et m’ont dit « au fait, super ton blog ! ». Merci donc à tous, inconnus et connus, amis, proches, connaissances, d’avoir donné du sens aux aventures de Gérard. Sans vous mes écrits ne seraient que du vent, vous leur donnez de la consistance. J’ai l’impression que mes anecdotes quotidiennes (mouai ok, mes anecdotes mensuelles…) sont devenues de vraies aventures sous vos regards, et Gérard est très fier de lui, et moi je suis contente d’avoir pu partager tout ça avec vous.

Il ne me reste qu’à chercher en quoi va consister la suite de mes aventures… Chercher ça va, trouver n’est pas une mince affaire !

Gérard et moi-même vous saluons chaleureusement !

Ornitho attitude, seul le paysage change !

PS : Ce retour en France a aussi été l’occasion pour moi de découvrir mon blog, avec sa mise en page, les photos dans le texte etc. et de le relire. Cela m’a permis : 1) de me replonger dans mes souvenirs avec une joyeuse nostalgie et 2) de voir la multitude de fautes d’orthographes qui jonchent mes textes comme autant de tâches d’encre sur un papyrus, et je tiens donc à m’excuser pour ceux qui ont eu mal aux yeux en me lisant !

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Et vogue la chébèque.

Dimanche 12 février, il est midi et l’Astrolabe largue les amarres. Cette fois je suis  à bord, comme je l’étais il y presque 16 mois. 16 mois ? oui déjà… Dont 15 passés comme quelques semaines tout au plus, dans mon annexe de vie à DDU, ma cabane au fond du jardin, celle qui nous fait oublié le reste du monde, mais pas complètement. On s’y sent chez soi tout de suite, on est pourtant si loin.

Incapable de réaliser que je m’en vais pour de bon, je n’arrive pas non plus à revenir en arrière sur ce que je viens de vivre. Avec les co-hivernants qui m’accompagnent dans ce voyage retour, nous nous contentons de répéter « quelle chance on a eu ».

Plutôt que de vous énoncer la liste de toutes les dernières fois à DDU, liste que nous avons tous mentalement consignée au fur et à mesure des derniers jours, je vous donne une liste des « premières fois depuis 15 mois » :

- Vivre l’Astrolabe

- Une mouche !! Vivante avec ça !Une mouche je vous dis, là, collée au plafond du salon dans le bateau, et, oooh merveille, elle vole !!!

- Les loupiotes d’un avion dans le ciel (autres que nos petits avions rouges et blanc de l’Antarctique !)

- des Albatros et des puffins, fini les manchots et les pétrels des neiges.

- Un vent tiède, chargé d’odeurs.

- Des embruns à plus de -1.5°C.

- De la pluie.

- Du brouillard

- Des nems (merci le cuisiner de l’Astrolabe).

Il y’a aussi des premières fois depuis quelques mois, qui font plaisir quand même :

- Une aurore.

- La nuit noire.

- Un ciel étoilé.

Et les premières fois, trop nombreuses, que nous anticipons :

- Des voitures.

- Des arbres.

- Des bars.

- Des animaux domestiques.

- Des gens partout.

- Des gens encore partout.

- Du goudron.

- Des gens qui téléphonent en marchant.

- Des magasins.

- Des gens qu’on ne connais pas.

- Des wallaby.

- Des gens qui ne nous disent pas bonjour.

- Des passages piétons.

- Des gens qui sont pressés.

- Des enseignes publicitaires.

- Des jeunes filles en jupes courtes.

- 20°C au themomètre.

- Des vieillards appuyés sur leur canne.

- Des télés, des cinémas, des papillons, des fleurs, des crottes de chien, des stations services, des plages, l’odeur des eucalyptus, celle de la pluie sur l’asphalte ou la terre, de la terre…

Voilà une liste bien assez longue pour un mail écrit à fond de cale dans un bateau qui roule…

Désolée pour les non-nouvelles de mes dernières semaines à DDU. Le temps file si vite et c’est déjà passé. Merci encore pour vos visites, vos messages.

Gérard repart pour de nouvelles aventures en Tasmanie et vous donnera des nouvelles !

PS: En bonus track, deux strips qui dormaient sagement dans les réserves de Gérard, explicitant encore un peu les moeurs de la faune locale.

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C’est les boules… De noël !

Bonjour à tous et Joyeux Noël !

J’ai décidé d’arrêter de vous demander de me pardonner pour ce blog en semi-jachère. Gérard est en vacances mais il m’a quand même laissé quelques consignes et après quelques semaines de délicieuse procrastination bloguesque, voilà enfin des nouvelles de DDU !

Les évènements marquants des dernières semaines sont :

Nouvelles périmées du mois de Novembre

R0 est arrivé !

Ah ben non en fait… R0 n’est pas arrivé. Après être resté des jours coincé dans les glaces l’Astrolabe à du faire demi-tour à 250.km de la base. Les passagers ont tout de même pu être débarqués à DDU par hélico, certains après plus d’un mois passé sur l’Astrolabe à faire des mots fléchés…

Et pendant ce temps là sur la banquise… Beuuââ


Prix de la plus belle banquise

Décerné cette année à nous, les hivernants de la 61, qui avons tellement bien entretenu notre banquise qu’elle ne veut plus nous quitter. Ceux qui en ont le temps peuvent donc encore profiter de la glace de mer pour des balades à rallonge. « Tiens si on allait voir les phoques ».

Pendant que l’Astro fait des ronds dans l’eau, les icebergs fondent au soleil sonnant un bucolique flic-floc que l’on avait oublié.


Nouvelles plus nouvelles

R1 est arrivé !

Ah ben… pas complètement non plus en fait. Ce n’est pas la banquise qui débâcle mais bien l’Astrolabe qui ne peut toujours pas s’approcher de la base et se mettre à quai. Les déchargements de matériel se font par hélico, du moins pour ce qui n’est pas trop lourd, et pour le reste… on verra bien. Le bateau câline notre banquise préférée à 7km de la base, un petit point rouge sur notre horizon, une tâche ou une pustule dans notre paysage vous diront certains. En attendant les vrombissements de l’oiseau à moteur sont incessants… ou presque… voir nouvelle suivante.

Des oiseaux qui ne volent pas, un truc qui vole avec un moteur mais qui n’est pas un oiseau, un bateau avec un moteur mais qui ne vole pas et n’avance pas tout court.


DDU envahit par la foule

Et c’est désormais près de 80 personnes qui vivent, mangent, prennent leur douche et ronflent à DDU. Autant dire qu’après un hivernage à 27 on se sent un peu à l’étroit. Sans parler du mal de crâne de fin de repas. Trop de bruit, trop de monde, des nouvelles têtes partout, des prénoms à apprendre, des vaisselles et ménage à rallonge lorsqu’on est de service base. Bref la campagne d’été est véritablement lancée, il faut s’y faire !


Flocons de Noël

A noël il est censé neiger, il parait. De jolis petits flocons tout doux qui tombent mollement sur le macadam luisant et dansent en silence dans la lumière des réverbères. Pas des méga-tonnes de poudreuse déversé par tonneau de 50L au centimètre carré… Non pas ça…

Vous allez me dire que je suis en Antarctique, la neige c’est pas extraordinaire par ici, et en plus de quoi elle se plaint celle-là, la neige c’est super top cool joli et tout et tout… En plus on peut faire des bonhommes de neige, trop le pied.

Ah oui mais non, on s’est mal compris… L’Antarctique c’est sec en été, il neigeouille bien un peu, mais pas CA ! Et la neige toute joli toute mignonne… pas TOUTEs LA les JOURNEEs.

Et vous savez pourquoi je râle ? Voir nouvelle suivante.

Piafs en déroute, ornithos qui piaffent

La plupart des oiseaux sont arrivés en retard cette année, je vous l’ai dis dans l’article de novembre. Ce retard est déjà un handicap car le timing ici est très serré si l’on veut élevé un poussin dans de bonnes conditions.

Bon, quelqu'un a vu Germaine ?

Pas de bol, les œufs à peine pondus, ce sont des kilos-tonnes de neige qui se sont déversés sur les nids et leur occupants. Peu d’oiseaux sont venus se reproduire, pour des raisons que l’on ne peut qu’imaginer : mauvaise conditions de glaces, déplacements des zones d’alimentation, mauvaises année pour les proies, épidémie de leucémie chez les crevettes Antarctiques, migration des poulpes vers une planète où les être à 8 bras sont reconnus à leur juste valeur, grève des poissons pour protester contre l’humidité constante et la précarité grandissante de leur habitat… Bref tout est possible.

Toujours est-il que sur les peu nombreux oiseaux qui se sont tout de même motivés pour assurer leur descendance, beaucoup sont repartis à peine quelques jours après avoir pondu puis vu leur œufs noyés ou complètement englacés. La faute à la neige…

Une telle quantité de neige à cette période cruciale de la reproduction entraîne une grosse perte en œuf. En effet, quelque soit l’espèce, qu’elle niche à l’abri des cailloux ou sur un nid ouvert, une fois la neige déposée elle va fondre et créer des mares dans les nids mal drainés. On a vu des skuas regardés leur œufs au fond d’une flaques, des Pétrels des neiges abandonner leur œufs englacés dans leur nid (la neige à fondu puis l’eau à gelé pendant une nuit fraîche), des manchots dont seul un bout du bec dépassent de la neige, des océanites emprisonnés dans leur nid par de la neige durcie.

Les Océanites de Wilson sont les plus petits oiseaux nicheurs à DDU, un peu plus gros qu’une hirondelle. Si petits qu’ils se laissent facilement piéger par la neige.


Pas facile de couver un œuf dans ces conditions !


Et pendant ce temps là les ornithos ne peuvent rien faire d’autre qu’observer et déprimer pour tous ces looseurs de piafs. Quand les nids sont enneigés nous ne pouvons pas y toucher, sans quoi nous risquons détruire la couche de neige isolante formée autour des nids et des oiseaux, faire tomber de la neige dans les nids et noyer les œufs/poussins. Si l’on fait s’envoler un skua, on a peur de voir son minuscule petit poussin à peine né s’enrhumer… Si l’on veut voir un Damier il faut d’abord prendre garde à ne pas lui marcher dessus car seul le haut de la tête dépasse de la neige.

La neige fraîche a aussi ses avantages, les pétrels des neiges en profitent pour prendre un bon bain et nettoyer la boue qui couvre leur plumage ou le crachat huileux dont ils s’aspergent lorsqu’ils se disputent les nids.

Une esquisse à peine visible de pétrel des neige, blanc sur blanc…


Les journées de beau temps (il y’en a tout de même) nous tentons de faire tout le travail que nous ne pouvons pas faire les jours de tempête et de neige.

Tout ça pour vous dire, que non, je n’ai pas plus de temps qu’avant pour vous écrire, parce que même faute de sortie de terrain on a toujours du boulot ! et paf !

Je m’arrête là pour aujourd’hui, et non, vous n’aurez pas le récit de « Noël à DDU » ou encore « j’ai eu 26 ans à DDU ».

Je termine sur cette dernière image des poussins de manchots Empereur qui terminent leur mue. Les derniers nous quittent actuellement, prenant la route de la polynie désormais proche. L’eau libre n’est qu’à 7 ou 8 km mais encore faut-il se frayer un chemin dans la neige.

Sacré look !


Ah non j’oubliais…

Non désolée, je ne peux pas me joindre à la foule, j’ai piscine… Bizarrement la piscine municipale est le dernier endroit calme aux alentours, je ne comprend vraiment pas.

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Pas de nouvelles, bonnes nouvelles !

Je sais que je n’arriverai pas à me faire pardonner pour toutes ces non-mise-à-jour que je vous ai proposé ces dernières semaines, mais je vais tenter de vous faire patienter honteusement jusqu’à mieux…

Bref voici quelques nouvelles des habitants de DDU.

Poupi le poussin Empereur et ses copains, malgré toutes les péripéties qu’ils ont rencontré ont bien grandit, certains sont obèses comparés à leurs parents.

Quatre manchots dans le vent.

Les plus vieux commencent à muer. Ils perdent d’abord le duvet des ailerons, puis du ventre et du dos, et un peu tout en même temps au final, ce qui donne à peu près ce genre de look.

Lui c'est Rorschach.

Actuellement, la manchotière ressemble à ça :

Côté sale (idéal pour le camouflage des poussins).

Lavée avec Mirlaine (mais pas tout à fait), une partie de la colonie à fait sécession et changé ses draps.

Les parents laissent désormais leurs poussins seuls lorsqu’ils partent faire les courses à la poissonnerie et ne se relaient plus en synchronisation.

Pendant ce temps les Skuas squattent la colonie à la recherche d’un petit quelque chose à se mettre sous le bec. Il n’hésitent pas à se poser au beau milieu des poussins créant parfois des mouvements de foule.

La plupart du temps ils attendant leur tour auprès des carcasses de poussins laissées par les pétrels géants. Plus les poussins grandissent et plus les Pétrels géants échouent dans leurs tentatives de chasse. Les poussins ont bien compris le truc et se tassent les uns aux autres à l’approche du prédateur, les plus grands donnant des coups de bec, ils courent ensuite se mettre derrière les premiers adultes qui passent par là et dès que le pétrel à le dos tourné partent ventre à terre vers le gros de la colonie.

Poupi n'a vraiment pas de bol...

Les poussins phoques aussi vont bien, ils ont pris environ 100 kilos depuis ma dernière mise à jour (décidément je vous délaisse…). Leur maman s’occupe encore d’eux, les allaitent et les accompagne dans leur premières baignades.

Les piafs sont enfin arrivés en masse sur tout l’archipel, à la bourre pour leur grande majorité. Il est probable que les conditions de glace un peu exceptionnel (pas de débâcle, un pack très dense et étendu) y sont pour quelque chose. Enfin ils ont tous fini par retrouver le chemin de leur nid à DDU.

Rock Wars

Les mâles pétrels des neiges arrivent les premiers et se disputent parfois les nids.

Les hivernants se portent à merveille mais il y a déjà beaucoup trop de photo dans cet article pour leur laissé une place.

En ce qui me concerne le travail à repris à un rythme soutenu et cela pour les mois à venir. C’est le moment de commencer la « passation » avec Agnès qui hivernera en 2012 comme ornitho et qui est arrivée il y a quelques semaines sur DDU.

Il est en même temps étrange de recommencer un nouveau cycle, refaire les même gestes, les mêmes travaux qu’il y a un an, et en même temps très agréable de retrouver toute cette frénésie d’activités et de vie sur nos cailloux.

Sur ce je vous laisse et vous promet quelques nouvelles de Gérard qui a retrouvé ses potes, pour très bientôt.

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Ames sensibles, s’abstenir !

Ames sensibles, de nouveau, veuillez passer votre chemin !

Les images qui suivent pourraient avoir de profondes répercussions sur votre état psychique.

Tadaaaam !

Trop de mignonité tue la mignonité (proverbe Adélien de la saison des phoques). On voit encore le cordon ombilical de ce « poussin phoque » né il y’a environ 2 ou 3 jours. (Photo Xavier)


Voilà, je n’ai pas pu laisser durer le suspens. Nous voici en pleine époque des peluches ! Les phoques de Weddell, espèce inféodée au pourtour de l’Antarctique, viennent chaque année mettre bas sur la banquise. L’Archipel de Pointe Géologie est une zone traditionnelle de vêlage entre autre parce qu’elle permet d’avoir des abris du vent et parce que la banquise débâcle tardivement autour des îles.

Les maman sortent de l’eau au mois d’Octobre le long des rivières qui fendent la banquise, où par des trous de respiration entretenus d’abord par les mâles. Elles sont bien grasses de réserves pour pouvoir allaiter leur petit et rester avec lui jusqu’au sevrage (6 à 7 semaines). Dès 12 jours les veaux peuvent commencer à se mettre à l’eau sous la surveillance de leur mère.

Notre première peluche est née le 1er octobre à 3.5 km de la base. C’est une fille et elle s’appelle Ravioli (vous n’aurez pas d’explications à ce sujet), elle pesait environ 27 kg à la naissance pour à peine plus d’1 mètre. Je l’ai vu pour la première fois à l’eau avec sa maman hier.

C’est fatiguant de dire « oooh qu’il est mignon » 10 fois par heure !


Je vous présente aussi Mickey, né le 3 octobre, tout comme son homonyme humain à qui j’ai donc dédié cette naissance pour son anniversaire (je ne suis pas sûre de vraiment pouvoir dédier une naissance de phoque mais bon…). Faute de pouvoir faire un câlin à mon Mickey humain, je me suis contentée d’un « câlin » scientifique à Mickey-phoque pour les mesures (taille, pesée), le transpondage (les « veaux » [bébés phoques] sont transpondés dès qu’ils ont quelques jours), et pour le sexage. Bon finalement, Mickey… c’est une fille !

Le pelage des bébés phoques passe du jaune-doré au gris vers le 10ème jour après la naissance. Ici la petite Mickey est justement à son 10ème jour et arbore une fourrure grisonnante. (Photo Marion)


Mon travail sur les phoques de Weddell consiste à les compter sur tout l’archipel pendant la saison de reproduction, évaluer le nombre de naissance, les dates de naissance des veaux, transponder (poser une puce électronique) et marquer les petits et leur maman dans la mesure du possible pour continuer à suivre la population et retracer les histoires de vie des phoques de DDU, contrôler les transpondeur de chaque individu, les prendre en photo pour pouvoir identifier les individus non transpondés grâce aux tâches uniques de leur pelage (comme pour les queues des baleines par exemple). Toutes ces manipulations sont exécutées très rapidement (quelques minutes maximum) pour limiter le dérangement.

Contrôle de présence d’un transpondeur sur un phoque adulte. Il suffit de passer l’appareil de contrôle au niveau du transpondeur (implanté une dizaine de centimètre au dessus de la queue). La plupart du temps les phoques sont très placides et ne bronchent pas, car il n’y a même pas besoin de les toucher. (Photo Coralie)


L’époque des peluches donc, qui annonce le printemps. Il y a d’autres signes de cette fin d’hivernage. Les premiers Fulmars Antarctique et Damier du Cap ainsi que quelques skuas sont revenus sur leur site de reproduction. Le gros des troupes n’arrivera qu’à la fin du mois puis en Novembre. Les Pétrels Antarctiques ne nichent pas sur notre Archipel mais passent en grand nombre au dessus de nos tête pour rejoindre leur cailloux à eux à plusieurs centaines de kilomètres d’ici. Je me régale à voir de nouveau ces oiseaux voler dans notre ciel, bientôt il y’en aura partout !

Rien à voir avec des oiseaux qui volent, mais une jolie lumière sur nos voisins qui endurent sans sourciller le vent et le chasse-neige d’un matin d’Octobre.


Il n’y a pas que les oiseaux et les phoques qui sentent l’arrivée de l’été. Les hivernants aussi se préparent petit à petit à lâcher prise sur l’île des Pétrels. Et oui, déjà mi-Octobre ! L’hivernage touche à sa fin et dans 2 semaines l’Astrolabe revient amenant avec lui une première équipe de campagnards d’été et la première fournée d’hivernants de la TA62. Les conversations sur R0 (première rotation du bateau) et les vacances qui suivront le départ de chacun vont bon train. A table ou ailleurs c’est le sujet phare de ce mois d’Octobre. Où aller en vacances ? Que va-t-on faire après ? Dans tous les cas certains ont déjà un programme précis et d’autres sont dans le flou total.

En attendant il n’y a que la météo qui n’a rien compris à l’été et continue de nous jouer des tours en nous déversant des kilos de neige sur la tête. Le ciel reste gris, et même si les températures remontent (nous tournons autour des -12°C en ce moment, on trouve qu’il fait chaud), le vent se charge de nous refroidir. Les balades sur la banquise se font en raquettes et sont beaucoup plus fatigantes mais le paysage est immaculé et quand le soleil fait une courte apparition on en prend plein les mirettes.

A la moindre accalmie nous reprenons le déneigement de la base. C’est un travail qu’il faut toujours recommencer à zero après chaque tempête de neige. Déneiger les fenêtres pour gagner de la lumière, creuser des tranchées pour accéder aux portes des bâtiments, niveler les congères qui recouvrent les passerelles, ne pas oublier ses bottes pour passer d’un endroit à l’autre, sans quoi on a de la neige plein les charentaises.


Je m’apprête moi-même a passer le flambeau puisque ma « successeuse » arrivera par la première rotation de l’Astrolabe et découvrira à son tour DDU comme je l’ai fais il y’a un an. Nous travaillerons ensemble jusqu’à mon départ, mi février, puis elle continuera le travail d’ornitho en Terre Adélie, comme les nombreux volontaires avant nous qui se passent les consignes et apprennent les uns des autres depuis plus de  50 ans pour le programme 109 du Centre d’Ecologie et de Biologie de Chizé.

Tout cela est un peu étrange à vivre mais fait parti de ce bonheur, bref sur le temps d’une vie, d’être en Terre Adélie.

Un dernier mot à propos des envois postaux. Comme l’année dernière, si vous souhaitez recevoir une carte postale, n’hésitez pas à me donner ou redonner votre adresse. Et si jamais vous souhaitez me faire parvenir quelque chose par ce moyen, il faudra vous y prendre impérativement avant le 15 novembre sans quoi je ne le recevrai jamais !

A bientôt !

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Zoom sur les Géants

Bonjour à tous !

En intro je tiens d’abord à vous remercier une fois de plus pour votre lecture assidue et vos commentaires qui me font toujours très plaisir, avec parfois de bonnes surprises !

Ensuite, j’ai décidé d’arrêter momentanément de vous raconter n’importe quoi et de rendre les honneurs à ces chers Pétrels géants, nos voisins de l’île Rostand, que vous avez peut-être en horreur depuis le massacre de la dernière fois. C’est ma faute et c’est bien malheureux, voilà donc de quoi faire tourner la roue.

Les pétrels géants sont les plus gros oiseaux volants nichant à DDU avec leur envergure qui peut atteindre 2 mètres.

Ce poussin de Pétrel géant qui vient d’être bagué est déjà presque près à l’envol, avec ses quelques touffes de duvet encore bien accrochées sur le cou et le croupion. Il est parti pour plusieurs années en mer avant de commencer sa reproduction, peut-être reviendra-t-il sur le plateau de l’île Rostand ?


C’est notamment grâce à la ressource importante que sont les poussins de manchots Empereur durant la fin de l’hiver Austral que les Pétrels géants peuvent se reproduire suffisamment tôt au printemps et ont le temps d’élever leurs jeunes avant l’hiver suivant. Au mois d’Aout les géants se nourrissent donc principalement sur les manchots et accumulent des réserves en vue de la reproduction. Le reste du temps ils se nourrissent en mer, remontant parfois très haut vers le Nord dans les latitudes sub-Antartiques.

Les « géants » sont peut-être ici les oiseaux qui me fascine le plus, de part leur taille d’abord, leur bec énorme et surtout leur regard de fous furieux. Vous n’avez qu’à voir !

L’espèce est protégée (statut de quasi-menacée, principalement victime de la pêche industrielle car ils se prennent dans les hameçons) et en diminution à DDU principalement à cause de la présence humaine car ils sont très sensibles au dérangement. L’unique île sur laquelle il reste une vingtaine de couples reproducteurs est donc interdite durant toute la période où ils sont présents. J’ai eu cependant la chance de pouvoir y accéder une fois au mois de mars pour baguer les poussins, déjà aussi gros que les adultes, une expérience exceptionnelle.

Nous ne sommes pas trop de deux pour baguer un pétrel géant (ici ma collègue ornitho-manchot me prête main forte). Il faut être rapide afin de minimiser le dérangement sur la colonie.


Les meilleurs moments pour les observer sont donc en ce moment, aux abords de la manchotière. Quand ils se nourrissent, les géants ne sont plus du tout farouches et s’approchent souvent de nous sans même s’en soucier si l’on reste immobile. Le spectacle d’un pétrel attrapant et dévorant un poussin de manchot peut paraitre cruel aux yeux de certains, mais c’est pour moi un spectacle formidable de la nature.

Et pour finir, une photo de Poupi, qui s’est tout compte fait très bien rétablit et vous adresse ses salutations les plus distinguées. T’inquiète pas Maman, je te le promet, Poupi a bien retrouvé sa maman à la fin, c’était juste un petit bobo de rien du tout

Une mise à jour un peu moins ornitho la prochaine fois !

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Drame à la manchotière – Acte III

NDMAJDLB (Note du metteur à jour de le blog) : Cet article, comme le précédent est PEGI-18, petit triangle orange, à ne pas mettre entre toutes les mains, à consommer avec précaution, à ne pas regarder avant de se mettre à table… Quoique.

Résumé des épisodes précédents

Après sa naissance dans le froid glacial de l’Antarctique, le jeune Poupi a survécu à tout un tas de dangers et vécu moult péripéties. Il connu une enfance froide et ventée, encastré dans un espace vital minimum, battu par ses voisins, kidnappé à plusieurs reprises, roulé dans la neige pour être finalement jeté de la maison familiale. Au moment où Poupi allait tenter de voler de ses propres ailes (ce qui n’est pas une mince affaire pour un manchot), il s’est perdu seul dans le blizzard polaire et fut retrouvé dans un état proche du Wyoming, pour ne pas dire pire…

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Suite à cette affreuse tragédie qui me retournait littéralement l’estomac, je décidais de mener l’enquête. On ne m’avait encore visiblement pas tout dit sur les manchots Empereurs et je devais tirer cette histoire au clair. Y’aurait-il encore quelque affreuse vérité à apprendre sur la vie de nos étranges voisins bipèdes ?

N’écoutant que mon courage et mon sixième sens d’ornitho j’ai donc sorti ma loupe et mon bonnet de détective pour parcourir les environs de la manchotière à la recherches d’indices.

Très vite je retrouvais le lieu du crime, car c’en était bien un, plus de doute possible.

Rien de tel qu’un peu de couleur pour égayer nos blancs paysages.

Quelques empreintes dans la neige me donnèrent un début de piste que je me gardais bien d’évoquer avant d’en avoir confirmation. Il me fallait donc continuer à chercher. Observant sans relâche les agitations des manchots et tentant vainement de leur donner un sens je remarquais pourtant quelque chose d’inhabituel.

Ou est Charlie ?

Un manchot pas comme les autres semblait se cacher au milieu de la foule. Je le repérais facilement et senti tout de suite que celui là devait avoir quelque chose à se reprocher pour se cacher de la sorte. Hum… Louche.

Ce jour là il faisait beau et plutôt chaud, -14.7°C en fait, je me sentais capable de résister suffisamment au froid pour attendre le moment ou la bête sortirait enfin et se révèlerait au grand jour.

Un manchot avec des ailes ! Ou serait-ce un Pétrel géant Antarctique tentant de passer inaperçu ?

À ma grande surprise ce manchot n’en était pas un… C’était un autre voisin, une unité furtive  de l’escouade volante arrivée récemment sur sa base aérienne du plateau de l’île Rostand. C’était sans aucun doute un éclaireur venu repérer les lieux pour une attaque ciblée sur la manchotière. Cela ne présageait rien de bon, et j’avais d’ors et déjà l’intime conviction que cette intrusion avait quelque chose à voir avec l’histoire de Poupi.

Cependant je ne pouvais rien faire qu’observer la suite des évènements tout en évitant les gelures aux orteils. Je demandais tout de même du renfort à mes assistants détectives ornitho qui prirent en charge une partie de la surveillance.

Agents spéciaux Paddington et Troimer surveillant les manchots dans l’anonymat le plus total.


Notre persévérance et nos technique de camouflages modernes ont vite payé puisque nous avons pu surprendre un des criminel en flagrant délit.

Leur stratégie est simple. Ils survolent d’abord la manchotière en long et en large, de plus en plus bas, parfois jusqu’à raser les têtes et les becs qui claquent sans succès alors dans leur direction. C’est le premier repérage. Ensuite ils se posent près de la colonie et se rapprochent petit à petit, en sifflotant l’air de rien, attendant patiemment l’erreur fatale que finira par commettre la future victime.

Bien sûr, sous nos yeux effarés se produisit enfin l’action. Le copain de Poupi sort son bec de la colonie pour voir le monde et fait quelques pas dans la neige en secouant ses ailerons avec toute la mignonnité et l’innocence dont il est capable. Et là…

C’est le drame…


Pour ne pas vous mentir, nous avons observé plusieurs attaques et il arrive que le copain de Poupi réussisse à s’enfuir en courant et plonge dans les jupons du premier adulte venu. Il arrive même que les manchots ne se laissent pas faire et se lancent à corps perdus dans la bataille, mettant en déroute les attaquants, sauvant héroïquement leur progéniture. J’ai même vu pas plus tard qu’hier un poussin faisant face, seul, à deux de ses agresseurs, se grandissant le plus possible en allongeant son petit cou dodu et donnant des coups de becs dans le vide. Aussi dérisoire qu’ait pu paraitre cette action elle a fonctionné et les deux attaquants se sont retournés l’un contre l’autre, laissant le temps au poussin de se réfugier vers une colonne de manchots. Cependant, le plus souvent, les poussins fuient ventre à terre (parce que leur centre gravité est quand même très bas au milieu des bourrelets) et se font rattraper…

Un exemple stupéfiant d’une nouvelle technique de combat développée par les manchots de DDU, ils arrivent à faire danser les Pétrels géants par la force de leur esprit.


Je sais bien que je verse de plus en plus dans le gore et le dramatique, mais au point où nous en sommes, je me vois dans l’obligation de vous révéler la fin de l’histoire, aussi sanglante soit-elle. C’est pourtant simple.

Voilà ce qui est sans aucun doute arrivé à Poupi…


Voilà vous savez tout. L’enquête est terminée, Paddington, Troimer et moi sommes retournés à nos manchots avec la satisfaction du travail bien accomplit et une petite larmichette au coin de l’œil pour notre ami Poupi.

Maintenant, il est temps que je vous présente mes excuses pour cette série d’articles un peu rudes et emprunts d’un certain cynisme. Je ne voulais pas choquer les enfants et les âmes sensibles en vous offrant une interprétation aussi étroite et sordide de l’envers du décor à la manchotière. Cependant je me suis bien amusée et je vais enfin pouvoir passer à la scène finale.

Je vous disais au début de l’acte 1, que l’on ne vous disait pas tout sur l’Antarctique, sur les manchots. Qu’on vous ment depuis le début. C’est vrai, on nous raconte que les manchots sont des bisounours et que tout est beau et mignon. Vous avez alors cru que je tentais de rétablir la vérité avec des images choc.

Et bien c’était faux. Moi aussi je vous ai menti. Comme quoi c’est facile.

Rien de tout ça n’est vrai. Toutes les images sont truquées. Mais comme vous avez tenu jusqu’au bout malgré tout, je vais vous dévoiler le pot aux roses. La vérité c’est que ni les hormones, ni les Pétrels géants ne sont les premiers responsables de tous ces malheurs qui surviennent aux poussins d’Empereurs. Non le premier  responsable, vous le connaissez bien.

Voilà ce qui est sans aucun doute arrivé à Poupi…


A très bientôt pour du plus sérieux !

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Drame à la manchotière – Acte II

Avertissement : Bien que ce blog soit familial et aussi mignon qu’un chaton qui zozotte, la nature n’est pas toujours aussi conciliante. Cette mise à jour est donc à déconseiller aux âmes sensibles et aux bambins que certaines photos pourraient choquer.

Veuillez m’excuser pour l’insoutenable suspens engendré par ma flemme d’écrire un nouvel article, ou disons par le manque de temps hein… ça fait mieux. Je vous ai donc laissés en plein drame à la manchotière, et on me réclame à corps et à cris (merci d’ailleurs à vous chers lecteurs, je n’ai pas l’impression d’écrire pour personne) la suite, la suite !!! Voici donc l’acte deux de cette tragédie polaire.

Pour mieux vous préparer à la suite, je vous colle d’abord la photo d’un A-DO-RABLE petit poussin de manchot Empereur, tout doux et tout innocent.

Alors ? il est pas mignon ? Avouez…


Admettons que ce charmant bambin à plumes (oui ce sont des plumes même si on dirait une peluche poilue) s’appelle Poupi (en référence à Poupi le lapin et aussi parce que Maurice n’était pas un prénom  assez mignon pour servir mon propos).

Poupi avec son papa et sa maman qui s’aiment, c’est-y pas beau ? Tout le monde est heureux au pays de Poupi.*


* En vrai cette bien heureuse « famille » de manchots n’en est pas une, l’individu de droite à également un poussin entre les pattes, ne me demandez pas ce qu’ils font…

Poupi a déjà échappé à tout un tas d’aventures manchotesques pleines de dangers et n’aspire qu’à se reposer bien heureux et pénard entre les pattes de son parent, ou d’un autre adulte… comme vous avez pu le constater c’est assez fluctuant.

A quoi rêvent les manchots ?


Mais en fait…

Après la sieste son parent biologique ou de circonstance l’a jeté de la poche à grands coups de bec parce qu’il en avait plein le dos de cette génération Tanguy qui traine bien trop longtemps entre les pattes de ses géniteurs alors qu’elle devrait découvrir le vaste monde et gagner des sous pour payer leur retraite. Je m’égare…

Toute cette félicité, c'est presque indécent, ça ne pouvait pas durer

Poupi donc, un peu déboussolé, va partir en balade. Cependant il a plutôt mal choisi son jour pour découvrir l’Antarctique, la soufflerie polaire s’est mise en marche et le chasse-neige rend la visibilité proche du zéro.

Déjà ça commence mal… Mais quand Poupi se perd et se retrouve tout seul dans le blizzard, là ça devient vraiment la loose.

Poupi est porté disparu depuis ce jour, on ne sait pas ce qu’il est devenu ; emporté par une bourrasque de vent à 199 km/h en ce jour fatidique du 14 septembre ou nous battîmes le record de vent de l’hivernage ? Tombé dans une crevasse, n’y voyant goutte dans le white-out ? Mort de froid recroquevillé contre un glaçon en attendant que ça passe ? Mort de faim faute d’avoir retrouvé sa maman à temps ?

Pourtant, un matin j’ai retrouvé Poupi. Il n’allait pas très bien, semblait-il…


Ravagée par la tristesse et convaincue que le vent ne pouvait être le seul responsable de ces malheureux bobos qui l’ont plongé dans un profond sommeil (quel fainéant ce Poupi), j’ai décidé de mener l’enquête…

Qu’est-il donc arrivé à Poupi ?

Vous le saurez dans l’acte 3 !

niark niark niark

En prime une photo de l’évènement de la semaine :

Lui aussi il fait « niark niark niark ». Le léopard de mer est un phoque de 3 mètres de long en moyenne pour 400 kg et c’est un prédateur redoutable qui mange tout ce qui passe à sa portée. Cette fois il rôde autour de la polynie attendant les manchots inconscients un peu trop près du bord et se jeter sur la glace pour les boulotter ou simplement les cueillir lorsqu’ils se jettent à l’eau.

Serait-ce ce monstre qui a mangé Poupi ? Peu probable, car nous l’avons rencontré à 10 km de la base ou se situe désormais le bord d’une grande polynie au Nord de notre archipel.

Et oui, après une semaine de tempête à ne rien voir plus loin que le bout de nos bottes, nous avons découvert un matin, en nous brossant les dents devant la fenêtre de la salle de bain, que la mer était revenue à portée de nos gambettes.

La polynie est une zone d’eau libre au milieu des glaces dense du « pack » (pack = large zone de glace de mer dense plus ou moins désolidarisée de la banquise qui est, elle, rattachée au continent). Elle se forme sous l’action de certains vents et courants souvent aux mêmes endroits d’une année sur l’autre, ici la proximité du glacier de l’Astrolabe favorise son apparition.


Note de l’auteur : Aucun poussin de manchot empereur n’a été blessé pour permettre la rédaction de cette article. La nature parfois c’est pas comme chez les Bisounours.

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Drames à la manchotière

Tous les mensonges que l’on vous raconte sur les manchots

Mise à jour en 2 actes

L’Antarctique est une terre de légendes et de mystères qui fait rêver les enfants, les aventuriers et même ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre. On vous raconte des histoires extraordinaires sur le Pôle Sud, les icebergs, les immenses étendues de banquise, les glaciers titanesques, les crevasses sans fond qui plongent vers le cœur de la terre, des héros polaires barbus dans le blizzard bravant le désert blanc et des hivernants bedonnant bravant les desserts au chocolat.

Pourtant, tout ce qu’on raconte sur l’Antarctique n’est pas toujours vrai. Et à l’issue de cette mise à jour en 2 actes (comptez bien 2 semaines…) vous découvrirez un exemple criant de désinformation sur la vie en Antarctique. Il faudra tout de même être patient.

Cette photo n’a rien à voir mais je la trouve poétique. C’est la cabine téléphonique de DDU avec laquelle je ne vous appelle jamais et sans aucun effort (désolée ce n’est pas sympa).

ACTE 1

Mais que fait la police ?

Pour changer je vais vous parler de manchots Empereur. Vous en avez marre ? Ca m’est égal (décidément je ne suis vraiment pas sympa). Je vais démembrer avec une rigueur toute professionnelle et en toute bonne conscience certaines rumeurs que font courir les scientifiques sur nos canards polaires. Pour cela je dois d’abord vous faire un petit exposé rapide et vous mettre dans le contexte. Voici donc en résumé simplifié ce que vous pourrez apprendre en lisant quelques papiers scientifiques sur les manchots (Considérez que tout ce là est vrai pour le moment, ça sera plus simple).

Si vous avez suivis le blog jusque là (bravo, mais il n’y a rien à gagner) vous savez déjà plus ou moins comment les manchots font des bébés et comment les papas se font arnaquer et comment les mamans finissent quand même par revenir pour s’occuper du mioche. Chez les oiseaux et en règle générale chez tous les animaux qui s’occupent un minimum de leur progéniture, les soins parentaux (nourrissage, protection, éventuellement éducation) sont provoqués par la libération d’hormones (dites « hormones de soins parentaux ») synthétisées dans le cerveau. La libération de cette hormone est stimulée par différents signaux tel que : le cri des petits (poussins/bébés/monstres), la vue de ces petits, et en particulier de certaines caractéristiques propres aux jeunes comme la tâche rouge au fond du bec des oiseaux ou un marquage particulier sur le plumage ou le pelage ou encore par les mouvements des petits (un bébé qui cherche le sein, un oisillon qui ouvre grand le bec).

Evidemment je simplifie mais en gros voilà l’idée, avoir un bambin stimule la production des hormones qui nous pousse à nous en occuper (y compris de manière physiologique puisqu’elles vont par exemple stimuler la lactation chez les mammifères). Chez les manchots les stimuli sont par exemple le cri/chant du poussin ou le mouvement de sa tête de haut en bas qui vient taper contre le ventre de l’adulte.

Tout ça c’est très bien mais où vais-je en venir ?

Encore une photo qui n’a rien à voir décidément. C’est juste un entracte qui vous est offert par les congères de DDU dans lesquelles nous avons en vain essayé de nous casser la nuque toute l’après-midi, dans le blizzard.

Une fois que madame manchot à pondu son paquet et l’a refilé à son mec, elle crève la dalle et elle s’en va. Elle s’en va loongtemps, loooooooongtemps, parce que la mer déjà ce n’est pas tout près, qu’avec des pattes de 10 centimètres de haut on ne va pas très vite, et qu’en plus après avoir fait les courses il faut revenir.

Et pendant ce loooong temps, madame manchot ne vois jamais son œuf, ni son mâle et n’a comme objectif que d’attraper de la bouffe. Au bout de deux semaines à pêcher tranquillou loin de la colonie, madame manchot à vite fait d’oublier son mec, son œuf et tout le reste, et finalement elle oublie de revenir, parce que plus rien n’a stimulé sa production d’hormones parentaux. Ouai… c’est triste… Mais en fait vous imaginez bien que ça ne se passe pas comme ça. Pour éviter ce genre de problèmes qui risqueraient d’inonder la DASS de plaintes et de surpeupler les orphelinats, les manchots se seraient adaptés et la production d’hormones parentales est très élevée et continue durant le voyage alimentaire loin de toute stimulation. Ainsi les femelles n’oublient pas de revenir à la colonie, elles sont même très motivées et pressées d’y arriver et sont prêtes à s’occuper de leur poussin (ou de l’œuf s’il na pas éclot), bourrée d’hormones elles n’ont que ça en tête (cette information est probablement erronée puisque je n’ai pas la prétention de savoir exactement ce qui se passe dans la tête d’un manchot).

Dans le meilleur des cas, tout se passe à merveille, et une fois le relai pris, monsieur manchot peut enfin s’étirer de tout son long et rompre son jeun de plus de 3 mois.

Les mâles profitent souvent de ce moment de libération pour fumer une clope et se détendre un peu avant de repartir, il n’est pas interdit de fumer à la manchotière.

Mais dans de nombreux cas, ça se passe autrement. Madame revient, et là surprise, elle a beau chanter, appeler, crier son nom à tue-tête dans toute la colonie et dire qu’elle est revenue, personne ne répond. Personne, ou plutôt plein de monde, mais pas les bons. Il a échoué, perdu son œuf, ou son poussin et a finalement renoncé. Parfois il est encore là, il répond aux appels, accoure vers sa femelles, mais n’a plus rien entre les pattes, accident de parcours, Désolée chérie j’ai fais tomber le mioche. Parfois, harcelé par la faim, si la femelle a du retard, il a simplement abandonné l’œuf ou le poussin, qui gèle presque instantanément sur la glace.

Et voilà c’est maintenant que commence cette mise à jour, le reste c’était juste l’intro pour vous mettre dans le bain.

Que fait une manchote bourrée d’hormones lorsqu’elle arrive à la manchotière et ne trouve pas de poussin ?

a) elle pleure

b) elle repart

c) elle se fait harakiri

d) elle saute de joie, c’est toujours ça de moins comme soucis

Normalement chez tout un chacun, le taux d’hormones se mettrait naturellement à baisser et la femelle s’accommoderait bien de ce nouveau célibat, sans gosse à lui courir dans les pattes.

Pourtant la bonne réponse est la réponse e) Elle trouve un poussin coute que coute. La production d’hormone très élevée se maintient encore un moment et sans se laisser abattre le moins du monde, une manchote qui n’a pas d’œuf ou de poussin va, en toute simplicité, aller kidnapper celui des autres. Après tout pourquoi pas ? JE VEUX UN POUSSIN !! On a déjà vu ça chez les humains, je ne vois pas ce qui vous choque. Nous avons bien copié aux manchots la congélation de bébés, pourquoi ne s’inspireraient-ils pas de nous pour le rapt d’enfants ?

Voilà donc, entre autre, en quoi consiste mon job d’ornitho au mois d’Aout : compter et observer les tentatives de rapts des manchots empereurs « inemployés » (c’est un mot scientifique pour dire « glandeurs ») sur ceux qui ont un poussin.

On observe toutes sortes de techniques, la plus efficace consistant à former une grande mêlée de rugby à 10 ou 15 individus qui finissent par faire sortir le poussin de la poche incubatrice de son parent en l’écrabouillant ou en le tirant avec leur bec, ensuite c’est au premier qui s’en emparera et tous les coups sont permis. Certains attaquent en solitaire, s’arrêtant l’air de rien devant un parent et son poussin, regard oblique vers le poussin et d’un coup d’un seul paf, ils se jettent en avant, bec tendu vers le poussin. Le parent se défend avec plus ou moins de vigueur. Parfois ça marche, et parfois non. D’autres attaquent en bande qui se déplacent la tête haute dans la colonie en poussant tout le monde et en donnant des coups d’ailerons. Un chef de meute lance l’attaque en premier puis c’est la mêlée générale.

Il y a un poussin quelque part sous ce tas de manchot…

Les parents malins réussissent à s’extirper de la mêlée sans que personne ne s’en aperçoive et laissent le gang se tabasser entre eux jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent qu’il n’y a plus de poussin depuis longtemps. Tout le monde se relève, petit moment de flottement, on s’inspecte la poche incubatrice… et non… rien, personne n’a gagné. Il y’a aussi les moins téméraires qui préfèrent kidnapper des poussins déjà morts, ou des œufs Picard.

L’inconvénient quand on ramasse un môme par terre c’est qu’on ne sait pas trop où est la tête, ou est le cul et dans quel sens ça se met… Surtout quand c’est tout plat, genre écrasé par un semi-remorque.

Les tentatives de rapt sont la plupart du temps violentes et des individus peuvent être blessés dans la bataille, ce qui ajoute une légère touche de rouge à la manchotière. Sans parler des poussins qui peuvent finir blessés ou même morts, complètement écrabouillés/écartelés/étouffés/congelés/borgnes… et j’en passe. S’ils sont tout de même vivants après tout ça et adopté par un inconnu, ils ont toutes les chances d’être abandonné un peu plus tard quand celui-ci décidera que finalement il n’a pas de temps et d’énergie à perdre à s’occuper du mioche d’un autre. Parfois les poussins à peine enlevés se font virer à grand coup de bec par leur ravisseur, et parfois même sous les yeux de leur parent qui ne lève pas un aileron pour leur venir en aide ou les récupérer.

Un guerrier sanguinaire de la tribu des manchots Empereur.

Rendus à ce stade je ne sais pas trop l’image que vous vous faites de la manchotière à cette époque mais je pense que vous avez compris que ça n’est pas du tout un endroit paisible où vivent les Bisounours dans la fraternité et la bonne humeur. Et pour en rajouter un peu, je peux aussi vous dire que j’ai observé pas loin de 600 rapts durant ce mois. Et oui… Cependant ce comportement est plus ou moins observé selon les années et dépendrait des conditions environnementales (la disponibilité de la nourriture en particulier), il n’y en a donc pas toujours autant.

De plus, si je vous ai peint un tableau noir de la situation, il se trouve qu’en réalité ces drames connaissent souvent un happy end. Il n’y a pas tant de blessés que ça, ni tant de morts, et que même dans certains cas, parait-il les poussins kidnappés sont nourris, adoptés et finalement élevés par leur nouveau parent. Les véritables parents peuvent aussi défendre bec et ongles leur progéniture, tenter de la récupérer après un rapt, ou la retrouver dans la manchotière grâce au chant distinctif de chaque individu. Malheureusement comme tous les manchots ressemblent à leurs voisins, j’aurai bien du mal à vous raconter ce genre d’histoire heureuse d’après mes propres observations.

Les rapts de poussins connaissent leur apogée au moment où les premiers poussins s’émancipent et sortent de la poche de leur parent, ils deviennent bien plus facile à kidnapper. On assiste alors a des courses poursuites endiablées ou un poussin slalome dans la manchotière poursuivis par une horde de 10 ou 20 adultes qui tentent de le plaquer et se jetant sur lui. Ajoutez la musique de Benny Hill et les commentaires d’un match de football américain et il ne vous manque plus que les pop-corns.

Mais très vite tout se calme et nous avons maintenant une manchotière pleine de poussins plus ou moins obèses, montés sur deux gros jambons de pattes, qui courent partout dans la colonie en criant, ou reste simplement plantés là tous seuls, se demandant ce qui leur arrive.

Oh qu’ils sont mignons ces petits poussins qui ont réchappé aux kidnapping, aux poursuites infernales, aux écrabouillements, aux piétinements, aux morsures du froid, aux coups de becs malencontreux ou complètement volontaires, aux abandons, aux coups de pattes, aux oublis parentaux (personne pour ramener les enfants perdus à l’accueil de la manchotière). Comme ils sont mignons… Mais ils ne sont pas au bout de leur calvaire, et bientôt ça va saigner !

FIN DE L’ACTE 1

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Blanc dehors

L’actualité de cette dernière semaine est le blanchissement presque total et tout soudain de notre monde déjà pas mal blanc. Et quand le ciel est blanc, c’est le white out comme ils disent. Le white out qui fait disparaitre tous les reliefs, même sous les bottes, même l’horizon, le white out qui fait flotter dans le néant blanc-gris tout ce qui ne l’est pas.

Comme il n’y a en vérité pas grand-chose à raconter sur cet évènement climatique que nous n’attendions même plus tellement nous l’attendions, je ne vais pas en faire des tartines. Tout le monde sait à quoi ressemble la neige. Je sais, vous vous dites : quand même, ils sont en Antarctique, la neige ça ne doit pas manquer. Pourtant si, ici aussi, la neige ça manque. Et quand votre banquise toute grise-marronâtre habituelle se transforme soudain en moquette immaculée d’un mètre d’épaisseur et que tout le paysage en est littéralement transformé, vous pouvez vous dire sans blaguer « la neige ça manquait », même en Antarctique.

J’ai donc récemment pu ajouter à mes activités quotidiennes quelques trucs sympas du genre : se rouler dans la neige, sauter dans les congères du haut des toits, déneiger les passerelles, se rouler dans la neige encore, se vautrer dans la neige de tout son long, tomber dans la neige, manger de la neige, faire manger de la neige aux autres, faire une sieste dans la neige, écouter la neige tomber sur sa capuche et penser à la bruine bretonne, faire de la luge dans la neige (ça glisse pas bien…), marcher en raquettes dans la neige et galérer, marcher sans raquette dans la neige et galérer encore plus, avancer à quatre pattes dans la neige faut de pouvoir marcher, nager dans la neige faute de pouvoir se déplacer autrement…

Le terrain de jeu à changé, les jeux aussi en conséquence ! Au programme : 100 mètres nage libre dans la poudreuse.


Les distances se sont démultipliées d’un coup et au lieu de 10 minutes je mets presque 20 minutes pour aller de mon bureau à la manchotière. J’y arrive dégoulinante de sueur, le souffle court et la combi à moitié trempée. Pour aller du côté du glacier prévoyez la matinée aller-retour et un bâton pour éviter les rivières et les crevasses recouvertes de neige. La poudreuse est si fine, les flocons de si minuscules paillettes, qu’il est impossible d’en faire la moindre boule de neige et que l’on s’enfonce complètement dedans à chaque pas.

Même les manchots ont du lutter les premiers jours, se regroupant en plus grandes colonnes que d’habitude pour être le moins souvent possible le premier à faire la trace dans la neige fraîche. On dirait qu’ils nagent le crawl, parfois le papillon, ils vont vite mais s’arrête très souvent pour se reposer et se relayer devant. Leur trajectoire est sinueuse comme s’ils suivaient une petite route de montagne. Le spectacle vaut le détour !

Et pour finir, un genre de scoop, un pétrel des neiges a été vu cette semaine ! La preuve en photo :

Tous les gens de passage par ici ou habitués de la montagne connaissent cette blague… Ceci dit, on a quand même vu un pétrel des neiges, et toc !


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