Ames sensibles, s’abstenir !

Ames sensibles, de nouveau, veuillez passer votre chemin !

Les images qui suivent pourraient avoir de profondes répercussions sur votre état psychique.

Tadaaaam !

Trop de mignonité tue la mignonité (proverbe Adélien de la saison des phoques). On voit encore le cordon ombilical de ce « poussin phoque » né il y’a environ 2 ou 3 jours. (Photo Xavier)


Voilà, je n’ai pas pu laisser durer le suspens. Nous voici en pleine époque des peluches ! Les phoques de Weddell, espèce inféodée au pourtour de l’Antarctique, viennent chaque année mettre bas sur la banquise. L’Archipel de Pointe Géologie est une zone traditionnelle de vêlage entre autre parce qu’elle permet d’avoir des abris du vent et parce que la banquise débâcle tardivement autour des îles.

Les maman sortent de l’eau au mois d’Octobre le long des rivières qui fendent la banquise, où par des trous de respiration entretenus d’abord par les mâles. Elles sont bien grasses de réserves pour pouvoir allaiter leur petit et rester avec lui jusqu’au sevrage (6 à 7 semaines). Dès 12 jours les veaux peuvent commencer à se mettre à l’eau sous la surveillance de leur mère.

Notre première peluche est née le 1er octobre à 3.5 km de la base. C’est une fille et elle s’appelle Ravioli (vous n’aurez pas d’explications à ce sujet), elle pesait environ 27 kg à la naissance pour à peine plus d’1 mètre. Je l’ai vu pour la première fois à l’eau avec sa maman hier.

C’est fatiguant de dire « oooh qu’il est mignon » 10 fois par heure !


Je vous présente aussi Mickey, né le 3 octobre, tout comme son homonyme humain à qui j’ai donc dédié cette naissance pour son anniversaire (je ne suis pas sûre de vraiment pouvoir dédier une naissance de phoque mais bon…). Faute de pouvoir faire un câlin à mon Mickey humain, je me suis contentée d’un « câlin » scientifique à Mickey-phoque pour les mesures (taille, pesée), le transpondage (les « veaux » [bébés phoques] sont transpondés dès qu’ils ont quelques jours), et pour le sexage. Bon finalement, Mickey… c’est une fille !

Le pelage des bébés phoques passe du jaune-doré au gris vers le 10ème jour après la naissance. Ici la petite Mickey est justement à son 10ème jour et arbore une fourrure grisonnante. (Photo Marion)


Mon travail sur les phoques de Weddell consiste à les compter sur tout l’archipel pendant la saison de reproduction, évaluer le nombre de naissance, les dates de naissance des veaux, transponder (poser une puce électronique) et marquer les petits et leur maman dans la mesure du possible pour continuer à suivre la population et retracer les histoires de vie des phoques de DDU, contrôler les transpondeur de chaque individu, les prendre en photo pour pouvoir identifier les individus non transpondés grâce aux tâches uniques de leur pelage (comme pour les queues des baleines par exemple). Toutes ces manipulations sont exécutées très rapidement (quelques minutes maximum) pour limiter le dérangement.

Contrôle de présence d’un transpondeur sur un phoque adulte. Il suffit de passer l’appareil de contrôle au niveau du transpondeur (implanté une dizaine de centimètre au dessus de la queue). La plupart du temps les phoques sont très placides et ne bronchent pas, car il n’y a même pas besoin de les toucher. (Photo Coralie)


L’époque des peluches donc, qui annonce le printemps. Il y a d’autres signes de cette fin d’hivernage. Les premiers Fulmars Antarctique et Damier du Cap ainsi que quelques skuas sont revenus sur leur site de reproduction. Le gros des troupes n’arrivera qu’à la fin du mois puis en Novembre. Les Pétrels Antarctiques ne nichent pas sur notre Archipel mais passent en grand nombre au dessus de nos tête pour rejoindre leur cailloux à eux à plusieurs centaines de kilomètres d’ici. Je me régale à voir de nouveau ces oiseaux voler dans notre ciel, bientôt il y’en aura partout !

Rien à voir avec des oiseaux qui volent, mais une jolie lumière sur nos voisins qui endurent sans sourciller le vent et le chasse-neige d’un matin d’Octobre.


Il n’y a pas que les oiseaux et les phoques qui sentent l’arrivée de l’été. Les hivernants aussi se préparent petit à petit à lâcher prise sur l’île des Pétrels. Et oui, déjà mi-Octobre ! L’hivernage touche à sa fin et dans 2 semaines l’Astrolabe revient amenant avec lui une première équipe de campagnards d’été et la première fournée d’hivernants de la TA62. Les conversations sur R0 (première rotation du bateau) et les vacances qui suivront le départ de chacun vont bon train. A table ou ailleurs c’est le sujet phare de ce mois d’Octobre. Où aller en vacances ? Que va-t-on faire après ? Dans tous les cas certains ont déjà un programme précis et d’autres sont dans le flou total.

En attendant il n’y a que la météo qui n’a rien compris à l’été et continue de nous jouer des tours en nous déversant des kilos de neige sur la tête. Le ciel reste gris, et même si les températures remontent (nous tournons autour des -12°C en ce moment, on trouve qu’il fait chaud), le vent se charge de nous refroidir. Les balades sur la banquise se font en raquettes et sont beaucoup plus fatigantes mais le paysage est immaculé et quand le soleil fait une courte apparition on en prend plein les mirettes.

A la moindre accalmie nous reprenons le déneigement de la base. C’est un travail qu’il faut toujours recommencer à zero après chaque tempête de neige. Déneiger les fenêtres pour gagner de la lumière, creuser des tranchées pour accéder aux portes des bâtiments, niveler les congères qui recouvrent les passerelles, ne pas oublier ses bottes pour passer d’un endroit à l’autre, sans quoi on a de la neige plein les charentaises.


Je m’apprête moi-même a passer le flambeau puisque ma « successeuse » arrivera par la première rotation de l’Astrolabe et découvrira à son tour DDU comme je l’ai fais il y’a un an. Nous travaillerons ensemble jusqu’à mon départ, mi février, puis elle continuera le travail d’ornitho en Terre Adélie, comme les nombreux volontaires avant nous qui se passent les consignes et apprennent les uns des autres depuis plus de  50 ans pour le programme 109 du Centre d’Ecologie et de Biologie de Chizé.

Tout cela est un peu étrange à vivre mais fait parti de ce bonheur, bref sur le temps d’une vie, d’être en Terre Adélie.

Un dernier mot à propos des envois postaux. Comme l’année dernière, si vous souhaitez recevoir une carte postale, n’hésitez pas à me donner ou redonner votre adresse. Et si jamais vous souhaitez me faire parvenir quelque chose par ce moyen, il faudra vous y prendre impérativement avant le 15 novembre sans quoi je ne le recevrai jamais !

A bientôt !

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8 Responses to Ames sensibles, s’abstenir !

  1. torrenti gertrude says:

    trop jolie la petite Mickey fille !!!
    Les poupis et les bébés phoques sont adorables.
    Bisous à notre soorie

  2. Guillemette says:

    Enfin une MAJ pas trop gore ! Je respire …

  3. Eléonore de grissac says:

    T’es définitivement ma bouffonne des glaces préférée !!! Bises fort fort , profites bien de tous les moments qu’il te reste … la vie c’est maintenant !!

  4. Anélo says:

    T’as l’air toute petite à coté des phoques!!!
    Attention de ne pas te faire mordre…
    bibis d’amour

  5. ceriat says:

    Ils sont trop mignons et ça nous change des manchots. :-)

  6. Pap' Philippe says:

    Bon, après 2 semaines à Mayotte j’ai mis un gros pull pour lire ta MAJ et pour la 1ère fois je me manifeste dans les commentaires.
    Vraiment tu as la tête en bas : C’était Mickey Boy ton manège préféré!! M’enfin, quel bonheur de te lire en mots et en photos ! Baisers gros. Pap’

  7. Christian says:

    Bonjour de la Station Neumayer III (aussi en antarctique).

    J’ai trouvé ton blogg aujourd’hui sur le net.
    Malheureusement chez nous les petites des phoques de Weddell ne sont pas encore arrivé. Mais on les attend avec impatience.

    Bon continuation de votre hivernage. Notre temps d’isolation se termine dans deux semains avec l’arrive du 1ère avion.
    A+
    Christian