Comme un Lundi d’ornitho à DDU…

7h30 le réveil sonne, j’enfile quelques couches de vêtements et sors de ma chambre. Le dortoir (bâtiment ou loge les hivernants et plus communément appelé le « 42 ») est silencieux, comme toujours, il peut y avoir quelqu’un qui dort à tout moment de la journée (le patissier par exemple, qui se lève la nuit pour préparer le pain) et les murs sont en papier.

Lunettes de soleil, bottes, moufles, tour de cou en polaire, VTN (notre veste polaire) et me voilà parée pour traverser les 50 mètres qui me séparent du petit-déjeuner, au séjour. J’exagère un peu car il ne fait pas si froid (entre -5° et -2°, c’est l’été !), et pour faire 50 mètres je pourrais aussi bien y aller en pull. Petit coup d’œil en passant aux manchots Adélie, les petits voisins teigneux, qui se tiennent tranquilles pour une fois, bien ramassés sur leur œufs. Ce sont les mâles qui couvent en ce moment, tandis que les femelles sont parties se nourrir en mer après avoir pondu. Je n’en reviens toujours pas vraiment d’avoir ce genre de voisins…

Un p'tit bedon de manchot ça invite aux calins...

... sauf aux cracras qui se la jouent roots.

Après le petit-dej je fonce directement à « BioMar », le laboratoire de biologie marine où travaillent tous les biologistes. Attention aux rafales sur la passerelle entre la centrale électrique et l’atelier de précision, même s’il n’y a pas trop de vent, l’effet venturi rend le passage parfois délicat. Cette fois, coup d’œil à la banquise, au continent glacé quelques kilomètres plus loin, au glacier vers l’Est, et à l’océan libre dans lequel nagent les icebergs. L’un deux, le plus gros du coin, me fait penser à une immense cathédrale, ou un château médiéval. Un autre plus petit est tellement pointu qu’on dirait un chapeau chinois.

Dans notre bureau d’ornitho je retrouve Marie et nous organisons notre journée. Ce matin, travail fastidieux devant l’ordinateur : nous devons compter les poussins de Manchots Empereurs grâce aux photos de la colonie que nous avons prise hier. Boulot laborieux qui nécessite de dessiner un point sur chaque poussin. Ce matin j’ai tracé près de 5000 points. A force on attrape une cliquite aigüe (mes amis geek compatirons !). Nous avons aussi pas mal de notes de terrain à informatiser.

Midi arrive bien trop vite, pas de bol, ça sera choux de bruxelles (le numéro 1 de mon hit-parade des aliments délicieux-mais-je-n’aime-pas-ça-merci)… Mais le crumble aux pommes n’a pas son pareil.

Je perds deux parties de billard après manger et avant de retourner au travail. Cet après-midi je pars « contrôler » les phoques pendant que Marie retourne faire de nouvelles photos des colonies de manchots. Pendant la période des naissances, les veaux (bébés phoques) sont transpondés (ainsi que leur mère si elle ne le sont pas déjà). C’est-à-dire qu’on leur implante une petite puce électronique, de la même façon qu’aux chats et aux chiens. De temps en temps, nous sortons sur la banquise et à l’aide d’un appareil spécial, le lecteur de transpondeur, nous vérifions l’identité des phoques rencontrés. Cela permet d’étudier leurs déplacements, de voir s’ils reviennent tous les ans au même endroit, et de suivre les lignées. J’ai retrouvé ce matin deux femelles nées près d’ici il y a 4 ans.

Le scan de Bibi-phoque

Je poursuis mon chemin sur la neige et la glace pour rejoindre les autres filles de BioMar (et oui, il n’y a que des filles ornithos cet année !) qui sont à la manchotière en train de transponder des poussins de Manchots Empereurs (même principes que pour les phoques). Nous prenons le relais de la manipulation. Nous posons le transpondeur, mesurons et pesons une quinzaine de poussins.

Avec parfois un peu d'aide inattendue.

Un p'tit tag pour éviter de le refaire passer à la casserole.

Il est déjà 18h lorsque nous prenons le chemin du retour, tirant derrière nous là « poulka » (sorte de traineau) dans laquelle est entassé tout le matériel. Marie et moi nous arrêtons au bord d’une falaise, près de la base, afin de « contrôler » les pontes de pétrel des neige. Je sais, ça commence à faire beaucoup de nom d’oiseaux, mais promis je vous les présenterai tous. Ainsi donc nous crapahutons dans les rochers et jetons un œil dans chaque nids (ils sont numérotés sur cette falaise-ci afin d’en faciliter l’étude) pour voir si les oiseaux sont présents et s’ils ont pondus. Mais comme hier, et avant-hier, il n’y a personne ou presque. Les pétrels ont pour coutume de repartir se nourrir en mer après l’accouplement afin de reconstituer leur réserves avant la ponte. Cette année ils sont un peu en retard et ne sont donc pas encore présents.

Déjà 19h00, si on ne se presse pas on arrivera en retard au repas, sacrilège ! On a déjà loupé l’apéritif.

Le repas est un moment convivial, on change de place un peu à chaque fois ce qui permet de discuter un peu avec tout le monde. Nous avons tous beaucoup de travail et les gens qui ne bossent pas ensemble ne se croisent presque pas durant la journée (encore pire pour nous qui passons nos journées dehors). Nous sommes environ une cinquantaine ces jours-ci avec les hivernants de la TA 60, les campagnards d’été, et 5 hivernants de la TA 61 dont je fais partie.

Je gagne une partie de billard (enfin !! Qui a dit que c’était de la chance ?) et il est déjà temps de retourner au bureau, rentrer dans l’ordinateurs les notes de la journée.

A 23 heures, je trouve enfin le temps d’écrire un peu pour Gérard Manchot… et maintenant mes yeux me piquent. Demain c’est rebelote, réunion générale, transpondage des phoques, transpondage des manchots, contrôle des nids de Pétrels, comptages, peut-être aller aider le biologiste pêcheur à relever ses casiers le long de la banquise comme dimanche soir… et les journées passent, si vite, trop vite.

Et en même temps je m’émerveille de cette capacité d’adaptation qui nous permet de nous sentir chez nous en si peu de temps, dans un endroit si peu commun, au bout du monde. C’est vrai que le temps file à toute allure mais j’ai parfois l’impression d’être ici depuis des mois.

Je crois que je suis à ma place.

Prochaine mise-à-jour, je vous parlerai de la glace, il y a tant à dire !

Au moins, le boulot ça réchauffe !

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4 Responses to Comme un Lundi d’ornitho à DDU…

  1. Guillemette says:

    C’est beau ça le transpondage : les poussins transpondés, transportés, transpondus, … Et ils sont craquants à faire craquer la glace. Tout ce blanc étincelant, quelle beauté.

  2. gertrude says:

    Poussin au tag bleu, et Bibi phoque sont si mignons !! Et toi, en t.shirt, gros gants aussi !!
    Votre « terrain de jeux » est grandiose, quelle chance de vivre cette expérience !!
    Bisous

  3. Xavier says:

    Bon, c’est pas vraiment Bibifoc, mais j’ai cru comprendre qu’il n’y avait pas de blanchons en Antarctique, donc je t’excuse ^^ (J’irai en voir moi-même au Groenland un jour :D )
    Pour Mumble, par contre, ça y ressemble pas mal, on s’attend presque à le voir faire des claquettes :)

    La mission a vraiment commencé en tout cas, donc bon courage !
    Enfin, t’en as pas forcément encore besoin, tu dois surement « marcher » à l’émerveillement pur pour le moment :)
    (quoique, des choux de bruxelles….pour ça l’émerveillement doit pas vraiment s’appliquer)

    Mais bon, vas pas t’épuiser dès le début, hein ;)

  4. Patsy says:

    Cette fois vous etes de vrais touristes, pnerez en plein vos yeux, plein vos narines,remplissez vos appareils photos pour meubler vos longues soire9es d’hiver canadien l’anne9e prochaine. Merci de nous faire vivre votre aventure. Bises e0 vous deux.